20 septembre 2006

LE TEMOIN DE LA MORT (4)

 

medium__Le_Temoin_de_la_Mort.4.jpg - Et comment. Et il a bien failli.

Tout en disant cela, il ne put s’empêcher de toucher du bout des doigts le bandage que j’avais soigneusement appliqué sur son visage.

- Seulement, j’ai un ange gardien qui ne l’entend pas de cette oreille.

En voyant mon expression, il m’a semblé sourire.

- Le premier émissaire. J’étais persuadé que je ne le reverrai jamais. Mais il est revenu. Et il est revenu pour me sauver. Il n’a rien dit, mais j’ai senti que c’était lui. Alors que l’autre me tenait à sa merci, il a jailli de nulle part et a  bondi sur mon agresseur. Sous mes yeux ils se sont transformés en d’ignobles créatures. Leur imagination est décidément fantastique. Le combat était d’une violence effroyable. J’aurais pu être touché de faire l’objet d’une telle joute, mais j’avais conscience que l’enjeu final était bien plus important que ma seule survie. Mon sauveur a commencé à prendre le dessus. J’aurais voulu rester pour le remercier et en savoir plus sur ce qui nous attendait tous, mais leur apparence changeant constamment et devenant de plus en plus insupportable, je finis par m’enfuir en priant pour que mon allié sorte vainqueur de cet affrontement titanesque. C’est ainsi que je suis arrivé à votre porte. Vous savez tout.

Le verre suivant fut pour moi. Et je ne me contentai pas d’une simple dose. Intérieurement je me félicitai d’avoir enregistré cette partie de l’entretien. Des révélations comme les siennes valent leur pesant d’or, qui que l’on soit pour les entendre.

Et puis brusquement, mon esprit s’est mis à fonctionner à plein régime. Et j’ai compris que j’étais moi-même en très grand danger. Même en admettant que l’allié de Jeremy Brackett soit sorti vainqueur du combat, d’autres émissaires assassins allaient fatalement poursuivre leur œuvre de destruction. C’était un véritable cauchemar. Par le simple biais d’une conversation, je devenais à mon tour un guide potentiel pour mon espèce autant qu’un ennemi de grande envergure pour ses ennemis à elle.

Effectivement, il y avait de quoi perdre la raison. Et pourtant, ce n’était guère le moment. J’allais avoir besoin de tous mes esprits pour me sortir de ce mauvais pas.

- Nous ne sommes pas en lieu sûr, ici. Nous sommes des proies faciles si nous restons dans cette maison à bavarder plus longtemps. Je ne sais pas lequel des deux émissaires a tué l’autre, mais peu importe. Désormais, nous serons traqués tous les deux. Cela ne fait aucun doute.

Ma profession m’a sans doute bien formé à  affronter l’indicible. J’ai souvent côtoyé le danger, la peur, sous les formes les plus diverses.

J’ignorais à quel point elle m’avait préparé pour cette expérience et il ne me tardait pas trop de le savoir. Je l’ai pourtant appris plus vite que je ne l’aurais souhaité.

Je me suis levé et j’ai commencé à retrouver mon énergie.

- Je vais rassembler quelques affaires et nous prendrons ensuite ma voiture. Je connais un endroit où nous pourrons être plus en sécurité. Restez ici. Je n’en ai pas pour longtemps.

Je lui adressai un sourire presque complice. Je vis combien il l’apprécia. Il n’était plus seul. Et dans son cas, une telle chose pouvait presque faire figure de miracle.

J’ai couru dans la maison, regroupant divers effets qu’il me semblait important d’emporter avec nous. Et puis au moment de partir, je me suis rappelé que les caméras et les micros étaient toujours branchés. Il fallait que je récupère l’enregistrement. C’était primordial.

Sans rien dire à mon compagnon, je suis allé dans la cuisine et pénétrant par une trappe secrète, j’ai accédé au local de surveillance. Des écrans illuminaient la pièce plongée dans la pénombre ajoutant au côté surnaturel de ce qui était en train de m’arriver. Je crois que du fait de ma situation, tout ce que je voyais s’entourait instantanément d’une sorte d’aura mystérieuse et lugubre à souhait. J’étais sur le point d’arrêter l’enregistrement, lorsque j’ai entendu la voix de Jeremy. Il parlait à voix haute. J’ai songé que le malheureux perdait la tête et qu’il avait peut-être atteint ses limites. Mais lorsque j’ai porté mon regard sur l’écran projetant l’image du salon, j’ai compris en tremblant qu’il ne se parlait pas à lui-même. Il n’était pas seul dans la pièce.

 

 

 

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Texte & Illustration de Greg Armatory

 

 

 

 

 

 

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