21 septembre 2006

ON Y VOIT TOUT... de l'autre côté du miroir (4)

 

Voir la couverture & la quatrième de couverture ?

 

 

& Serpéléphant.jpg

 

 

LA PORTE DE L'ENFER

 

 

PAR MOI, ON VA DANS LA CITÉ DES PLEURS,

PAR MOI, ON VA DANS L’ABÎME DES DOULEURS,

PAR MOI, ON VA PARMI LES ÂMES PERDUES.

 

LA JUSTICE INSPIRA MON SUBLIME CRÉATEUR :

JE SUIS L’ŒUVRE DU DIVIN LABEUR,

DE LA SAGESSE SUPRÊME ET DE L’AMOUR DÉÇU.

 

RIEN NE SERA PLUS CRÉÉ D’ÉTERNEL APRÈS MON HEURE,

ORDONNA NOTRE SEIGNEUR ;

VOUS QUI ENTREZ : ABANDONNEZ TOUTE ÉSPÉRANCE IRRÉSOLUE.

 

 

Telle est l’inscription que je vis tracée en caractères noirs au dessus d’une porte.

Je m’exclamai alors :

- « Mon maître, ces écrits sont effrayants ! »

Il me répondit avec assurance :

- « Abandonne ici toute crainte et toute lâcheté ! Nous approchons de ces lieux que j’évoquais il y a peu encore ; tu pourras y voir de tes propres yeux les ombres plaintives qui n’ont plus connu la béatitude depuis une éternité. »

Tout en me tenant ce discours, mon guide m’avait pris le bras ; ce geste paternel, ajouté au sourire qui se dessinait à présent sur ses lèvres, me tranquillisa instantanément.

Alors, me faisant franchir les portes de l’Enfer, il m’initia aux mystères de l’abîme…

Dès cet instant, je commençai à percevoir des soupirs, des plaintes et des gémissements profonds qui s’amplifiaient d’instant en instant dans l’obscurité ; une cacophonie de langages différents, des cris de désespoir et de rage, des hurlements lugubres, des voix caverneuses ou stridentes ainsi que le tumulte des mains et des pieds qui s’entrechoquent, produisaient un bruit de fond impétueux, aussi insupportable pour mes oreilles que peut l’être, pour les yeux, une tempête de sable dans le désert.

Je vis ensuite des myriades d’âmes - je n’aurais jamais cru que la mort eût dévoré tant de victimes - se précipiter à la suite d’un étendard, qui voltigeait d’un geste autoritaire et menaçant comme pour rappeler à l’ordre les derniers retardataires ; je compris alors que cette foule était celle des infidèles, qui ne furent agréables ni à Dieu ni à ses ennemis. Ces malheureux, qui ne furent jamais vivants, étaient nus comme des vers… et littéralement dévorés par toutes sortes d’insectes, dont principalement des guêpes ! Tels des rats, ils pleuraient des larmes de sang, qui en tombant à leurs pieds étaient instantanément absorbées par des sangsues affamées.

Tandis que je me hasardais à regarder un peu plus loin encore, j’aperçus une autre multitude d’âmes qui se pressaient au bord d’un grand fleuve.

Surgit alors un vieillard aux cheveux blancs, campé tant bien que mal sur une barque ; il vociférait :

- « Malheur à vous, âmes dépravées ! Le Ciel peut toujours attendre : je viens pour vous conduire sur l’autre rive - dans les Ténèbres - au milieu des flammes et des glaces éternelles !

- Caron ! l’apostropha Nerval - et je compris à cet instant que nous faisions face au passeur de l’Archéon - ne résiste pas… et surtout ne pose pas de question : On le veut ainsi, là où l’on peut tout ce que l’on veut ! »

Alors que cette formule magique prononcée par Nerval résonnait encore à mes oreilles, le sombre royaume trembla si fort, que l’évocation seule de cette commotion couvre encore mon front de sueur. Puis, il s’éleva sur cette terre de larmes un vent mêlé d’éclairs d’une violence telle, qu’il me fit vaciller ; je sombrai alors, peu à peu, dans un état de somnolence proche de l’inconscience.

Et c’est ainsi, que je tombai littéralement comme une masse, sous le regard bienveillant de Morphée… que chantèrent si glorieusement Homère dans son Iliade, et Ovide dans ses Métamorphoses.

 

 

FIN de la première partie

 

 

 

Texte de Xavier de Harlay et Illustration d'Antoine de Saint-Exupéry

 

 

 

 

A suivre - le 20 janvier chez votre libraire - la dernière partie d'ON Y VOIT TOUT... de l'autre côté du miroir : L'Enfant dont les yeux brillaient d'un éclat plus fort et plus pur que celui des étoiles, celui par qui la lecture originelle des Ménines de Velàzquez sera enfin dévoilée !

 

 

 

 

 

Lire la dernière partie de ce livre ?

 

 

 

 

Donner votre avis sur fnac.com ?

 

 

 

Commander ce livre ?

 


Bannière e-Litt&graphie.com bd.jpg

 

 

 

 

 

Écrire un commentaire