21 septembre 2006

ON Y VOIT TOUT... de l'autre côté du miroir (3)

 

 

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L'ENFANT DONT LES YEUX BRILLAIENT D'UN ECLAT PLUS FORT ET PLUS PUR QUE CELUI DES ETOILES (suite)

 

 

- « Si je comprends bien, me répondit le poète magnanime, ton cerveau cède à un nouvel accès de terreur. La Peur est, certes, le commencement de la Sagesse, mais elle ne doit pas te détourner de ton but… et moins encore te faire fuir comme un animal craintif surpris par son ombre. Remets aux ordres ton esprit désuni : En avant, calme et droit, disait Alexis l’Hotte, cet écuyer remarquable ; mais pour l’instant, soit rassuré car je vais te révéler la vraie raison qui - sans même réfléchir un seul instant - m’a fait venir à ta rencontre ! Je me trouvais dans le septième cercle de l’Enfer - parmi ceux dont le triste sort est de rester plantés ad vitam aeternam dans la forêt ténébreuse - lorsque je fus interpellé par un enfant d’une grande beauté. Saisissant cette chance inespérée de pouvoir m’extraire de ce lieu dans lequel j’avais pris racine depuis trop longtemps, j’eus vite fait de le rejoindre et de lui faire acte d’allégeance. Ses yeux brillèrent alors d’un éclat plus fort et plus pur que celui des étoiles ; il m’adressa ensuite ces paroles, d’une voix mélodieuse et angélique :

- « Âme bienfaisante du Valois, dont le nom résonnera sur la Terre aussi longtemps que durera le souffle de la Création… mon ami d’infortune a rencontré sur la plage déserte - où il vient juste de se faire débarquer - des obstacles qui l’ont effrayé et l’ont obligé à revenir sur ses pas. D’après ce qu’il m’a été rapporté dans la Ciel, j’ai bien peur qu’il ne se soit déjà perdu. Peut-être même viens-je trop tard à son secours ? Va, cours et vole, je fais confiance à ta juste éloquence pour le convaincre de ne pas renoncer avant même d’avoir lutté ; ma douleur n’aura d’apaisement que lorsque seront épuisées toutes les ressources qui sont tiennes à seule fin de le sauver. A présent, je ne puis m’attarder plus longtemps… la tendresse que j’éprouve pour cet ami justifie à elle seule cette prière. Quant à toi, lorsque je serai de nouveau devant le Maître, sache que je ne t’oublierai pas : je saurai intercéder en ta faveur pour que tu ne retournes jamais plus en ce lieu d’où je t’ai extrait… et que tu puisses enfin rejoindre dans les Limbes tous ceux de tes amis - poètes et écrivains - que la Renommée acquise sur la Terre a rassemblé en un séjour privilégié. »

Il s’interrompit pour me laisser m’exprimer à mon tour :

- « Ô bel enfant, tes désirs sont des ordres qu’il m’est agréable de suivre ; tu peux compter sur moi : c’est déjà comme si toutes choses étaient accomplies ; mais, assez palabré ! Je ne dois plus perdre un seul instant ! Néanmoins, avant de partir, permets-moi encore une question : Comment t’a-t’il été possible de quitter - sans te retourner - le royaume des Cieux que tu brûles pourtant de retrouver… et de descendre sans crainte dans notre monde ténébreux ?

- Je vais te faire comprendre en quelques mots pourquoi je n’ai pas hésité un seul instant à descendre parmi vous, me répondit-il. Ainsi, s’il faut craindre tout ce qui peut être à la source du Mal, rien ne saurait nous éloigner de ce qui est à la source du Bien. De surcroît, par la grâce de Dieu, ni votre détresse ni aucune flamme de l’Enfer ne peuvent plus m’atteindre !... Sache également qu’il est dans le Ciel une femme bienveillante qui souffre des obstacles que je t’envoie combattre. Elle m’a fait appeler auprès d’elle et m’a adressé cette supplique : « Mon enfant, ton plus fidèle ami a besoin d’être secouru : ne ressens-tu donc pas sa détresse ? Ne vois-tu pas qu’il se débat dans les Ténèbres, sur ce fleuve démonté dont l’océan le plus agité ne pourrait se vanter d’enfanter des vagues plus scélérates ? » A peine ces derniers mots furent-ils prononcés, que - plus rapide que la plus rapide des flèches des fils du carquois - je descendis du siège glorieux où je me trouvais confortablement installé depuis quelques instants ; je m’attachai alors à te retrouver au plus vite, toi que j’ai été si bien inspiré de choisir pour me seconder dans cette mission divine ; je suis en effet, depuis la Nuit des Temps, convaincu de ta probité et pleinement confiant en cette pure éloquence qui t’honore, toi et tout ceux qui la prirent pour exemple. »

L’enfant cessa de parler ; ses yeux baignés de larmes semblaient me supplier de partir au plus vite. C’est ainsi que - suivant ses indications - je suis venu pour t’arracher des bras de cette forêt obscure qui te retenaient prisonnier, afin de te remettre sur le droit chemin de cette montagne merveilleuse. Alors, maintenant, regarde-toi en face : pourquoi restes-tu immobile ? Pourquoi ne chasses-tu pas de ton esprit cette stupide crainte ? Où sont donc ton audace et de ton courage, maintenant que tu sais que des esprits bienveillants s’intéressent à toi dans le Ciel, et que -par ma bouche- tu as reçu la promesse d’un immense bonheur ? »

Telles les fleurs, abattues et recroquevillées par le froid de la nuit, se redressent sur leur tige et s’entrouvrent aux premiers rayons du soleil qui les illuminent… telles je sentis renaître en moi les forces qui m’avaient abandonné : je reprenais peu à peu mes esprits tandis qu’un certain courage - inconcevable encore quelques instants plus tôt - me redonnait une sensation perdue il y a bien longtemps déjà dans l’autre monde : celle - ô combien fragile et éphémère - d’être, pour quelques instants, à nouveau un homme libre. Tout à la fois curieux et impatient de savoir quel pouvait bien être cet enfant providentiel qui l’avait dépêché à mon secours, je ne pus m’empêcher d’interroger Nerval sur son identité.

- « Je ne puis rien te dire de plus sur cet enfant - dont les yeux brillaient d’un éclat plus fort et plus pur que celui des étoiles - que je rencontrais pour la première fois ; en revanche, la très noble dame, qui siège au Ciel et qui m’a envoyé ce jeune messager, n’est autre que notre mère à tous : celle dont le nom résonne encore du fin fond de l’Antiquité… j’ai nommé la grande Isis, mère de l’Humanité.

- Béni soit celui qui a eu pitié de ma détresse et dont j’ignore le nom… quant à toi : soit remercié d’avoir volé à mon secours aux premières paroles qu’il t’adressa ! Tu m’as redonné l’envie de poursuivre cette haute entreprise. Marchons d’un même pas, nous qui entretenons le même espoir et poursuivons le même idéal !... Tu es mon guide, mon seigneur et mon maître. »

Nerval se remit en route, et je le suivis pas à pas dans ce chemin chaotique et tortueux.

 

 

 

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Texte de Xavier de Harlay & Illustration d'Antoine de Saint-Exupéry

 

 

 

 

 

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