« ODYSSEE | Page d'accueil | SUR LE CHEMIN DU BONHEUR »

20 janvier 2007

CHRONIQUE D'UNE GARGOUILLE AFFRANCHIE (IV)

medium__Speranza_Leo_Pygma_b.jpg  Oyé ! Oyé ! gentils-hommes , bourgeois , manants, tâcherons, gueux et bonimenteurs... Moi Speranza la gargouille affranchie ai fait cette nuit ce rêve étrange et doux à la fois... J'étais encore cette figure de proue de Notre-Dame. Ouvrage du ciseau d'un compagnon dont l'histoire a définitivement effacé le nom, mais qui restera à tout jamais gravé dans mon coeur... à défaut de l'avoir été dans la pierre de cet édifice. Comment pourrais-je en effet oublier la puissance démiurgique du nom de mon créateur : Leo !... Leo Pygma !

  Leo Pygma était d'origine chypriote. Il avait fui son pays. Non pour de coupables raisons. Ni même pour quelque motif sanitaire ou martial. Non ! Il s'était tout simplement révolté contre le mariage... pas contre le mariage lui-même , mais contre celles qui sous le couvert du mariage s'autorisaient à l'exercice de répréhensibles jeux ! Jeux de l'amour et du hasard ! Jeux d'adultère pour les plus téméraires... ou simples jeux de séduction pour les plus prudes en apparence, qui n'étaient pas forcément les moins perverses... Leo Pygma s'était voué au célibat, pour ne plus souffrir de cette insoutenable légèreté de l'être et de cette confusion des sentiments qui le hantait depuis l'adolescence. Il n'avait trouvé aucune parade ni pour s'en guérir ni pour s'en protéger. Alors, il avait fui... fui les Propétides... fui son pays... pour tenter de se fuir lui-même.

   Finalement, à bout de souffle et le coeur au bord de la rupture, mon maître d'oeuvre le trouva - comme mort - un matin, au petit jour, au beau milieu des fondations de son chantier de toute une vie. Endormi. Recroquevillé sur lui-même. Il s'était enroulé dans de vieilles couvertures, comme pour se protéger du froid de la vie. On le réanima plus qu'on ne le réveilla réellement. Leo Pygma ne parlait pas un traître mot de français. A la seule vue de ses mains, mon maître d'oeuvre comprit instantanément que cet homme pouvait lui être d'une grande utilité : il avait des mains de chirurgien. Pas de ceux qui excisent la pierre de folie. Des mains de ceux qui font de la pierre brute les dentelles de nos fières cathédrales. Leo Pygma avait bel et bien été sculpteur dans son autre vie au-delà des mers et des océans. Les gestes lui revinrent sitôt qu'il eut un ciseau en main. Malheureusement  - ou heureusement pour lui - seule la mémoire de ces gestes répétés des milliers de fois par le passé semblait avoir résisté à cette descente aux enfers qui l'avait conduit en ce lieu. Pour le reste il était apparemment frappé d'amnésie. Amnésie n'est peut-être pas le terme clinique le mieux approprié. Frappé de stupeur serait plus proche de la réalité. Mais en tous les cas, il avait été incontestablement frappé ! Pas frappé d'une simple paire de taloches ou d'un vulgaire bourre-pif. Frappé... comme l'on frappait naguère les pièces d'or ou d'argent  ! Oui ! Leo Pygma était frappé de stupeur affective. Tout son temps et toute son énergie furent désormais consacrés à ma création. Comme sa mémoire affective était partiellement effacée pour les raisons que je viens d'évoquer, il ne remarqua pas qu'il était en train de tisser entre son oeuvre et lui-même une bien étrange relation...  Quelque signal d'alerte résiduel tenta bien de lui faire se ressouvenir du goût amer des sentiments qu'il avait voulu fuir jadis. Mais, plus son ciseau oeuvrait. Plus mes contours se dessinaient. Plus mon enveloppe corporelle devenait agréable au toucher. Plus je tutoyais la perfection. Plus cette mystérieuse correspondance semblait se développer entre nous. Pas un coup de foudre,  non ! Il y a des paratonnerres sur les cathédrales ! Davantage comme une évidence... Oui ! Il y avait à présent comme une évidence... il était tombé amoureux de moi ! Lui, Leo Pygma , le célibataire invétéré qui avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus... amoureux de moi, la gargouille de Notre-Dame !

   C'est alors que Leo Pygma me baptisa Speranza. Il m'habilla et me para richement. Dès cet instant, j'observais et je notais chez mon créateur tous les signes et les symptômes de son réveil amoureux. C'était étrange et doux à la fois. Inconnu pour moi qui n'avait vécu jusqu'à lors que ce que peuvent vivre les pierres calcaires : les vicissitudes de la sédimentation affective. Ou presque... les femmes sont très fortes dans le registre du mensonge par omission... et j'allais tout droit confirmer cette régle, si mon honnêteté intellectuelle ne m'avait pas rappelée à l'ordre à cet instant du récit. Tandis que mon maître se posait à nouveau ses sempiternelles questions existentielles sur l'insoutenable légèreté de l'être et sur la confusion des sentiments que n'avait pas manqué de raviver sa mémoire affective retrouvée, j'avais rencontré une autre gargouille de mon espèce. Renello était un oiseau de nuit. Beau, grand, élancé et ténébreux comme peuvent l'être les gargouilles quadra qui ont écumé toutes les gouttières de Notre-Dame. Entre nous ça avait tout de suite collé. Telles deux pierres accidentées viennent s'emboîter l'une sur l'autre  - comme par enchantement - dans le façonnage d'un mur. Du coup je me retrouvais avec la sécurité apparente de ce mur virtuel dans lequel je m'étais encastrée avec Renello... et la douceur du ciseau de mon créateur qui continuait, touche après touche, à dégrossir mes formes pleines de promesses. Donc, disais-je, j'observais, je notais et je commençais à tester sur mon créateur ce pouvoir de séduction auquel il ne semblait plus insensible du tout à présent. Pourtant ce pouvoir dont il m'avait investi n'avait d'égal que mon manque total de confiance en moi. Manque de confiance devant ce qui m'apparaissait comme une terra incognita. L'air, l'eau et le feu... que de choses nouvelles et exaltantes après toutes ces années enterrées dans les couches profondes du tertiaire !

   Et c'est ainsi que lors des dernières fêtes de fin d'année de l'An mil, Leo Pygma finit par supplier la déesse Aphrodite de lui donner une épouse identique à moi-même, à moi... Sperenza... sa gargouille ! L'histoire voudrait que son voeu soit exaucé comme il le fut jadis pour Pygmalion et sa statue Galatée. On dit en effet qu'Aphrodite donna vie à Galatée. Que Pygmalion l'épousa et qu'il eut d'elle un fils...

  Eh bien non, moi, Sperenza, je suis une gargouille moderne... une gargouille libérée, affranchie quoi ! J'ai déjà un fils que j'ai eu dans ma vie underground d'un homme dont je me suis rapidement séparé... Aujourd'hui j'aime à en crever Renello, ma gargouille de gouttière, et je vais finir mes jours avec lui. Quant à Leo Pygma... je l'aime beaucoup et il fait simplement partie de ma vie. Ainsi-soit-il !

  Et lui qu'en pense-t-il de tout ça ? Je crois qu'il a reformulé ses voeux de célibat. Qu'il a repris son ciseau. Et qu'il s'attache à présent à chasser les vieux clous rouillés avec des neufs !

  En tous les cas, cela ne nous empêchera pas - lui et moi, moi et lui... ainsi-sois-je ! - de vous ciseler encore quelques morceaux choisis, de nos dix paires de griffes, dans les mois à venir. Amen !

 

&

 TOUJOURS A L'OEUVRE...

 

    - AMBRE planche sur son projet d'écriture inspiré et illustré des oeuvres de FRAL - artiste-peintre tourangelle - sur le thème " EROTICA LOIRE, au fil des mots ",  

   - STéPHANIE (auteur de " DERIVES URBAINES ") planche sur son projet d'écriture destiné aux enfants " 9 HISTOIRES de CHATS ", sur la préparation d'une exposition photos/sons et matières sur " L'APPARENCE DU TEMPS QUI PASSE "  ainsi que sur tout ce qui touche l'autour au travers de son propre site : " L'ART SELON AMBROISE ".

   - FRéDéRIC attend la publication de son premier ouvrage avant la fin du mois " LES SALES DESSOUS DE DAME JUSTICE " - ses entretiens à bâton rompu avec LAURENT LEGUEVAQUE, juge démissionnaire, sur la justice d'en-haut et la justice d'en-bas ; il a d'ores et déjà sous le coude deux autres volumes de son premier roman " LE VER EST DANS LE FRUIT ", et planche sur deux autres titres " LASTMINUTE.COM " et " UNE VIE DE CHÂTEAU ",

  - GREG planche sur son projet d'écriture inspiré et illustré des oeuvres de GILBERT ROHAN - photographe tourangeau du microcosme - sur le thème " MICRO-COSMIC " ; il participe actuellement à deux concours nationaux avec son roman " REX WARRIOR " et sa nouvelle " POLAROïD ", et attend par ailleurs très impatiemment de pouvoir publier prochainement son recueil de nouvelles intitulé " AMALGAME ",

   - HERVé planche sur sa prochaine nouvelle fantastique intitulée " PEARL A REBOURS, tout recommence ",

   - XAVIER vient de publier son deuxième livre, premier volume de la trilogie : " ON Y VOIT TOUT... de l'autre côté du miroir ", et planche toujours sur son prochain roman fantastique " T COMME TANTALE ",

 

&

SURTOUT !... SURTOUT !...

 

   ...Surtout ! N'oubliez pas de nous laisser vos impressions, car un auteur ou un artiste sans critique est un créateur dans l'obscurité, façe à lui même... et lui-même ne suffit pas à lui-même !

 

 

Texte de Speranza, gargouille affranchie de Notre-Dame & Illustration de Greg Armatory

 

 

 

Ecrire un commentaire