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15 mars 2007
VOYAGE EN ENFER (2)
Le voilà, il attendait que je me décide. Tout arrive. Et je me vois assise sur ma banquette couleur TGV sans réellement savoir comment cela s’est produit. Ce ne sera que quelques heures passées ensemble, ce soir tout cela ne sera plus qu’un lointain souvenir ; regret, amertume, déception, les impressions se succèderont, laissant certainement le goût de l’amour dans ma bouche, sans en avoir savouré les délices.
Aujourd’hui le ciel est gris, et le froid pénétrant ne m’aide en rien à appréhender une journée où tout est à écrire.
Arrivée à quai j’ai le palpitant à fond la caisse. Paris m’exaspère. Paris m’ennuie. Tout s’enchaîne et tout va beaucoup trop vite pour moi. L’odeur... Mon Dieu... L’odeur, de la gare, du métro, des gens, la mienne. Ma tête tourne si vite et les gens vont si vite... Mais il est temps de prendre son courage à bras le corps et ne rien laisser au hasard, pas la moindre petite émotion.
Action. Métro. Station Odéon. Hôtel. Boulevard Saint-Michel. Saint-Germain-des-Prés. Il me faut rentrer quelque part, poser mon attente, enlever mon manteau.
Je me retrouve devant un expresso, où plein d’accents, de rires et de langues différentes se mêlent, je me souviens alors qu’il y a un monde en dehors du mien. Je vérifie souvent ma montre, regardant avec attention si les aiguilles continuent de tourner ou si le temps dans une infinie bonté s’est figé. Mais non, tout continu, le monde ne s’arrête pas. L’heure approche.
Alors je sors. J’essaie de m’enfuir en prenant des petites rues, puis d’autres, jusqu’à me perdre vraiment. Je voulais juste avoir le temps de ne plus penser à me retrouver face à lui. Mais le temps est un ennemi insaisissable et inéluctable...
L’heure arrive. Mon téléphone sonne. Je suis complètement perdue, à force de le vouloir j’ai réussi mon coup. Hasard ? Je ne sais pas si j’ai envie de me retrouver. Mais ça y est. Je me repère.
Saint-Germain. Odéon. Je l’aperçois, mais feinte. Je fais semblant de le chercher du regard. Jouer. Son sourire au loin, le mien en réponse, je me trouve anormalement détendue et sereine, pas le moindre signe d’angoisse à l’horizon. Ma thérapie des derniers mois aurait-elle fonctionné ? Aurais-je réussi à différencier mes envies de la réalité ?
Nos retrouvailles ne se font pas dans l’effusion. Nous sommes bien trop pudiques, les sentiments en réserve. Alors nous nous mettons en marche. Top chrono. Le compte à rebours est enclenché. Nous voilà face a à peine quatre heures pour se retrouver, se parler, le désirer, et ne pas vouloir lui appartenir. Je le sens pourtant ce lien entre nous, ce quelque chose d’indéfinissable, d’invisible qui nous envahit de ce besoin de se frôler, de se toucher. C’est à lui que je me suis attachée mais je me suis bien promis de ne pas trop le lui montrer. A quoi bon. Je ne veux pas que tout recommence comme avant. Je ne veux pas sentir un flot de sentiments contradictoires et bien trop violents m’envahir sans savoir ce que tout cela signifie...
Texte d'Ambre Benès & Illustration de Greg Armatory
11:55 Publié dans VOYAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, enfer, autofiction, texte, ambre benès, illustration, greg armatory



















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