15 mars 2007
VOYAGE EN ENFER (1)
La veille encore du départ je me demandais qu’elle était cette force en moi qui me poussait à repartir pour Paris.
Un voyage de deux jours. Pourquoi ? Je ne sais vraiment pas me retenir. Pourtant j’avais lutté, depuis tant de mois, pour ne pas remonter dans ce train. Pour ne pas me retrouver dans un face à face intenable, et incendiaire. La rage aux yeux et la peur au ventre…
Nous avions conclu notre bout de route ensemble. C’est ce qui me semblait. Conclusion nette et précise. Il n’y avait rien d’autre à attendre. Conclusion autant déraisonnable que notre histoire qui a bousculé nos sens et dévasté nos cœurs.
Seulement voilà, mon billet est pris. Ni remboursable. Ni échangeable. Et puis le mois dernier j’avais déjà annulé notre rendez-vous, pour une raison qui m’est encore inconnue…Mais lui, il avait triché. Il était venu, avec elle, tout prés de chez moi, alors je n’avais pas eut la force…J’ai tellement voulu me guérir de lui, j’ai tellement essayé. Regarder d’autres yeux, et retomber dans les siens, respirer d’autres corps et ne me rappeler que de son odeur, prendre du temps avec un autre en espérant obtenir une seule heure prés de lui. Mais voilà que malgré mes efforts, il suffisait d’un seul mot, au moment où je ne m’y attendait plus et tout basculait de nouveau…encore… Il était si peu loin à me glisser dans le creux de l’oreille ce que j’attendais de lui. Ce que j’espérais de nous.
Alors je replonge. Je suis ensevelie, victime de mes sentiments trop souvent turbulents et de mon cœur encore bien naïf...
Mais là, ça y est. Il est dans ma main ce billet. Je tremble un peu à vrai dire. Hier, il m’a téléphoné, j’ai fait la maligne, si fière, répondant à l’appréhension qu’il se faisait de me revoir, que moi, je ne m’angoissais pas, car rien ne serai comme la dernière fois. Disons que je me raccrochais aussi à cette idée. Nous ne passerions que quelques heures ensemble demain, seulement… Pas comme notre si tendre dernière fois. J’ai fait la maligne pour qu’il me pense détachée de lui, de peur de repartir le manque au cœur et les yeux rougis de ne pas réussir à pleurer sur mon sort.
Le billet est là. Un billet aller et sans lui en retour dans mes bagages. Juste moi et mon chagrin, peut être. Un billet pour quelques heures volées de sa vie, pour quelques heures qui s’envoleront à peine effleurées. Bonjour. Au revoir. Jeux de regards. Jeux de mains. Nos corps qui espèreront se rapprocher.
Mais là j’imagine, je ne sais pas plus qu’avant où ce voyage nous mènera. En attendant je suis sur le quai, les deux pieds bien ancrés, espérant ce train qui ce matin se fait désirer. Dix minutes… Vingt minutes… Vais-je vraiment y aller en fin de compte…
Il fait froid, je suis gelée et prête à m’échapper. Je ne suis convaincue de rien. Je le connais si bien. Je nous connais ensemble.
Mais le train finira par arriver…
Texte d'Ambre Benès & Illustration de Greg Armatory
12:00 Publié dans VOYAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, enfer, autofiction, texte, ambre benès, illustration, greg armatory





















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