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23 septembre 2006
LE VER EST DANS LE FRUIT (4)
CHAPITRE QUATRIEME
La crise économique qui avait débuté dans les années 70 sévissait durablement. Une dépression interminable s’était transformée en inquiétude graduée de chômages, de délocalisations, de ruptures contractuelles de toutes sortes... Simultanément, l’idée de nation en France avait fait son chemin, désarticulant chaque domaine un à un.
Notre époque, au début des années 90 commençait une mutation douloureuse de la société nationale à la gloire de l’être, de l’individu, de son verbe charnel et spirituel. Elle s’était mise à conjuguer la chair et son sang sous les arcanes d’une Histoire éclatée, qui rejaillissait un peu partout dans le monde et en France, qui encourageait la promotion d’une concurrence acharnée entre les peuples et les nations nouvelles, entre les nations nouvelles et les empires nouveaux et cela va de soi, entre leurs ressortissants, partout où ce fut possible. Ces luttes se faisaient visiblement jour. Les cités, centres périurbains aux esthétiques périmées commençaient à brûler de colères chez nous en France…
Cette époque incertaine convoquait l’esprit en chaque homme. Fallait-il le comprendre ? Le souffle spirituel avait dépéri en France depuis le discrédit de la religion, depuis la séparation de l’église et de l’Etat, qui n’était plus qu’un poulpe administratif et tentaculaire, depuis la séparation de l’Etat et du Beau au profit d’un matérialisme aussi débile que suranné, d’une course effrénée pour l’argent et les prévarications. Les facéties soixante-huitardes étaient bien loin ; elles s’étaient édulcorées, cédant à la folie des possessions, à son lot de bassesses et de facilités minables... Les étudiants maigres et ingrats qui formaient les monômes subversifs étaient devenus des chefaillons de bureaux gras, repus d’orgueil, étalant leur vanité et leurs gouailleries…
Il manquait la folie collective pour déclencher le feu. Elle commençait à poindre en attentats réguliers, à faire sauter des rues, des grandes surfaces, des voitures piégées, brûlées ; des commerces emblématiques, des tours gigantesques tombaient, des navires chaviraient au nom de Dieu, dans les capitales du monde, dans les ports, les aéroports, partout…
La France embrassait la misère du monde du bout des lèvres et elle s’insinuait en elle. La richesse avait laissé tombé Dieu et ses auréoles mais la pauvreté les avait ressaisis réhabilitant les grands chocs cultuels. Combien de temps encore avant qu’elle ne propageât l’incendie partout dans le monde, partout où la vie cherchait encore à survivre aux armes, au sang des hommes et à Dieu ?
A Brest, la misère s’incrustait chez nous comme un vent fou venu d’ailleurs. Elle glanait des hommes jeunes réduits à la mendicité. On en croisait à Saint Martin, devant l’église, quémandant quelques pièces… Elle les fossilisait dans une crasse ignoble, une pauvreté durable, qui n’avaient pas tardé à se normaliser, à se banaliser. Comme le Soleil, la misère s’était levée à l’Est d’abord, brandissant son marteau, sa faucille sous le joug communiste ; des murs s’étaient dressés entre elle, son silence éhonté, et puis le monde occidental, où les lumières de la nuit rivalisaient avec le jour. Les murs étaient tombés… Le vent de liberté avait tourné. Les messages avaient rancis… De la liberté de penser au libéralisme économique il n’y avait pas eu dix ans. La misère se couchait à l’ouest désormais. Elle prolongeait ses jachères, dans les fenaisons, sur de vastes étendues nobles et cultivées, des terres arables que l’argent avait rendues incultes… Elle fauchait la jeunesse sacrifiée des villes et des campagnes… Elle badigeonnait de noirceurs ignobles les générations nouvelles…
L’argent manquait pour la futilité de ces choses rutilantes exposées là, sur de longues étagères hors-sujet. Le verbe avoir était l’auxiliaire du verbe être, son vassal... Etre ou mourir. Avoir et vieillir. Je pensai cela. Ces perspectives de déclin au fond, me réjouissaient bien… Tout n’était pas sombre évidemment. Bien sûr qu’il restait des lueurs d’espoir qui scintillaient toujours plus loin ; les lueurs du départ, de l’exile, de la fuite en avant, les lueurs des grandes embardées.
Texte de Frédéric Mazé & Illustration de Patrick L'Hermite
23:40 Publié dans LE VER | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ver, fruit, roman, frédéric mazé, illustration, patrick l'hermite



















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