15 avril 2007
LA BARBE BLEUE ET LA JOURNALISTE INGENUE (2)
La scène se situe dans un jardin public. Des gradins sont installés autour d’une scène en plein air. Au début, il fait jour et ensuite la nuit tombe et la lune apparaît. La Barbe Bleue (BB) est dans une cage, comme une bête de la ménagerie (cela fait partie de la mise en scène). Il est sensé entrer en scène dans quelques minutes, mais une jeune fille (JI) vient perturber sa tranquillité...
BB : Je connais bien un moyen, mais…
J : Allez, dites- le moi !
BB : Par la porte du jardin, là- bas, j’ai déjà essayé l’autre soir. Je sais que ça marche. Mais il y a un risque…
J : Allez, parlez !
BB : Que vous êtes agaçante! Toujours cette curiosité mal placée ! Il y a que je ne sais plus comment je suis revenu ! Ce n’est pas par la même porte en tout cas!
J : Vous étiez saoul ou quoi ?
BB : Agressive avec ça ! Je ne sais pas si je dois vous emmener… Et puis si je vous tuais, ça me défoulerais, je redeviendrais moi- même…
J : Vous devez me promettre. Sinon, je ne viens plus !
BB : Exigeante avec ça ! Vous ne savez pas ce que vous voulez - mais bon chez les femmes ce n’est pas nouveau ! - Je me demande si je ne ferais pas mieux d’en finir avec vous. Nous sommes seuls dans l’obscurité, maintenant et j’ai bien envie… [Il sort sa dague]
J : Ne vous fatiguez pas ! Je pourrais vous désarmer sans souci. Je pratique le self défense depuis longtemps et je n’ai pas peur de vous. Et puis à votre âge !
BB : [En colère] Insolente ! [Puis se radoucissant… l’air pleurnichard] Mais alors ? A quoi je sers moi ? Quelle est l’utilité de mon existence ? Vous me sapez tout, là ! Vous fichez en l’air mon personnage.
J : Soyez raisonnable. Il y a du bon en vous, j’en suis sûre !
BB : [Assis, la tête dans les mains, désespéré et s’adressant ensuite au public] Voilà qu’elle me confond avec Dark Vador, maintenant. Au fond, je crois que je vais l’emmener ; ça va la calmer, la journaliste… [Se tournant vers elle qui trépigne…] Allez, allons- y ! Au fond, qu’est-ce qu’on risque ? Pas le métro de plein fouet en tout cas, pas de tsunami, là- bas, encore moins de Mac Do et de banquiers…
J : [Rayonnante, excitée et limite hystérique] Oui, oui!, au Pays de Contes !
BB : Calmez- vous, sinon je sors la dague!
J : [Le caressant, lui faisant des bisous et des câlins] Allons, allons, ne faites pas monter votre tension !
BB : C’est vrai que j’aime bien les caresses - ça fait longtemps - En fait, je ne peux pas me passer de vous, les femmes… [Soupir]
J : Vous voyez. Et puis, j’ai très envie de vous connaître, de faire un reportage sur vous, la Barbe Bleue.
BB : Nous voilà bien. Elle est folle ! Bon, allons- y !
J : Mais comment on va faire ? Et les autres ? Ils vont nous voir, il faut partir en catimini….
BB : Vous avez peur qu’on me prenne pour votre père ?
J : Ne dites pas de bêtises et expliquez- moi…
BB : C’est que tout cela n’est pas rationnel du tout et vous risquez la syncope ! Nous allons passer par la petite porte, derrière la cabane du jardinier. Cette issue est magique ; tout ce que j’en sais c’est qu’en une seconde, sans douleur, on passe de l’autre côté, il me suffit de penser très fort au Pays des Contes. Moi je ne serai pas dépaysé… Méfiez- vous on y fait parfois de mauvaises rencontres. Evitez de trop parler - j’ai remarqué que vous parliez comme un perroquet - et écoutez- moi, de grâce, faites un effort vous aussi!
Texte d'Isabelle de Saint Loup & Illustration de Greg Armatory
CETTE NOUVELLE EST EXTRAITE DES CONTES DE L'AMOUR ORDINAIRE
A PARAÎTRE LE 20 MARS 2009 AUX EDITIONS LITT&GRAPHIE
ISBN 978-2-9527725-4-9

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