
CHRONIQUE D'UNE GARGOUILLE AFFRANCHIE (VIII)

Oyé ! Oyé ! gentils-hommes , bourgeois , manants, tâcherons, gueux et bonimenteurs... Moi Speranza la gargouille affranchie de Notre-Dame ai fait cette nuit encore un rêve étrange et doux à la fois...
Leo Pygma, mon créateur, s'attachait à retoucher pour la nième fois de son ciseau l'oeuvre dernière de son imaginaire si fécond ; il faut dire qu'à l'instar de nombreux démiurges de son espèce il était animé de ce que la psychiatrie qualifierait d'obsession compulsive... d'hystérie masculine en quelque sorte... pardon d'hystrionie masculine, pour employer le vocabulaire d'usage actuel ; toujours est-il qu'il ne pouvait s'empêcher de retoucher ses oeuvres alors qu'elles étaient déjà en place sur les édifices même les plus prestigieux ! Mais là ce n'était pas le fait de cette sempiternelle insatisfaction qui m'inquiétait... c'était surtout le fruit de son imagination ; à dire vrai, ce n'était pas vraiment un sentiment d'inquiétude qui me taraudait ou plus exactement pas uniquement ce sentiment : il y avait aussi une forme d'amertume... pas de jalousie, non ! simplement de mélancolie... mon maître avait entrepris de créer une nouvelle gargouille dont les formes brutes m'apparurent dès les premiers coups de ciseau plus fines déjà que toutes celles - dont je suis - qu'il avait réalisées jusqu'à ce jour ; plus le temps passait et plus les formes primitives et bestiales de cette gargouille s'estompaient pour laisser place à des courbes féminines et harmonieuses... humaines ! comme si la bête - sous les feux croisés du ciseau et de l'amour - se transformait peu à peu en belle !... Et advint ainsi ce qui devait fatalement arriver, Leo Pygma - ayant parachevé cette oeuvre ultime qui avait pris forme et vie sous ses doigts - prit la belle et partit au loin l'épouser dans les contrées lointaines de Transylvannie, chez mes cousins - noctambules invétérés des Carpathes - de la famille des vampires... Depuis lors, je n'ai jamais vraiment cherché à avoir de ses nouvelles, quelques échos seulement dont je n'ai jamais pu vérifier l'exactitude me sont néanmoins parvenus : on raconte qu'il aurait eu un autre fils, Antonio, qui est devenu un des architectes les plus célèbres de son temps... en poussant l'audace à vouloir construire de nouvelles cathédrales en cette période du milieu du XXIème siècle que d'aucuns qualifieraient d'eschatologique...
Voilà, depuis ce temps, moi Speranza la gargouille affranchie de Notre-Dame, ai décidé d'écrire... écrire ou plutôt décrire le monde qui m'entoure et d'autres mondes encore que mes incursions spatiotemporelles m'autorisent ; ainsi me suis-je investie d'une mission divine : celle de prolonger le fil créateur de mon ancien maître, Leo Pygma ; ce sont les artistes de tous les temps et de toutes les époques qui me facinent le plus : peintres, sculpteurs, musiciens, poètes et écrivains... leurs pouvoirs démiurgiques sont immenses... mais la civilisation à laquelle ils sont confrontés en ce début de XXIème siècle - civilisation pour le moins décadente et corrompue - rend leur tâche colossale, voire incommensurable : restituer à chaque individu le pouvoir de voir, d'écouter et de lire ce qu'ils veulent et non ce que l'on cherche à leur imposer aux seules fins de mieux les manipuler... mieux encore, rendre à chacun le pouvoir de sentir ce qui est réellement, fondamentalement, naturellement bon pour lui et les autres... afin que chaque homme puisse un jour dire à l'autre, en face à face :
" J'AI ÔTE MES VIEUX ORIPEAUX D'ANIMAL DENATURE
ET
JE SUIS ENTRE DANS LA BEAUTE DE TON ALTERITE "
Consciemment ou inconsciemment porteurs de ce message, les artistes... les utopistes, les doux-rêveurs attendent dans l'ombre leur heure ; je reste persuadée qu'un jour viendra où leurs cris ne seront plus vains... plus de cris vains, plus d'écrits vains non plus... non, je vous le dis : à la fin de l'envoi l'écrit vainc !
Je suis écrivain
A la recherche d’un emploi,
En quête de survie alimentaire.
En attendant j’aligne quelques vers,
J’élabore des p’tites histoires.
Je suis écrivain
Par esprit de contradiction
Dans ce monde de pleine consommation,
Où se lever morose chaque matin
Et se farder d’une vie d’apparence
N’est pas appropriée aux artistes de talent !
Je suis écrivain,
Complètement égaré,
Entre présent et passé.
Je ressent cette nostalgie,
Profonde et indomptée,
Du temps des grands auteurs,
Du temps de Zola ou de Rabelais,
Du temps de ceux qui avait du courage
Pour dénoncer les injustices
Qui persistent ici-bas.
A l’heure où le pamphlet
Restait une arme tranchante...
Et Courier en avait l’art et la manière.
Seulement les censeurs
D’hier et d’aujourd’hui (encore)
Coupent court aux idées vraies
Pour les enterrer à jamais.
Les belles lettres sont-elles mortes ?
Et leurs plumes avec elles…
Je suis écrivain,
Et alors ?
A l’heure où la censure
Me pend à la plume
Dois-je me taire et continuer
De palabrer autour des nobles sentiments.
Pourtant les maux me brûlent
Je le sens bien.
L’envie de prendre la relève
De ces vieux pamphlétaires,
Exhumer les talents du passé
Quitte à finir au Chêne pendu !
Je suis écrivain.
Je le revendique.
Je ne vis pas de mes mots
Et alors ?
Mon nom ne vous dira rien,
Mais j’ose espérer
Que dans cent ans peut être
Résonnera à vos oreilles
Comme des auteurs reconnus
Les noms d'Armatory
Où bien encore de Harlay,
Comme aujourd’hui résonne aux miennes
Ceux de Lovecraft ou de Prévert !
A mes amis
Ambre Benès : Les Cris vains, 2007
Texte d'Ambre Benès et de Speranza,
gargouille affranchie de Notre-Dame
&
Illustration de Greg Armatory
- AMBRE planche sur son projet d'écriture inspiré et illustré des oeuvres de
FRAL - artiste-peintre tourangelle - sur le thème "
EROTICA LOIRE... au fil des mots ",
- STéPHANIE (auteur de " DERIVES URBAINES ") planche sur son projet d'écriture destiné aux enfants " 9 HISTOIRES de CHATS ", sur la préparation d'une exposition photos/sons et matières sur " L'APPARENCE DU TEMPS QUI PASSE " ainsi que sur tout ce qui touche l'autour au travers de son propre site : " L'ART SELON AMBROISE ".
- FRéDéRIC (auteur des " SALES DESSOUS DE DAME JUSTICE " - compilation informelle de ses entretiens à bâton rompu avec LAURENT LEGUEVAQUE, juge démissionnaire, sur la justice d'en-haut et la justice d'en-bas ) vient de publier le premier volume de son roman " LE VER EST DANS LE FRUIT " et planche déjà sur deux autres titres " LASTMINUTE.COM " et " UNE VIE DE CHÂTEAU ",
- GREG, le nouveau " guerrier du rêve " de la littérature française, vient de publier son premier recueil de contes fantastiques " AMALGÂME : L'Emissaire & autres contes fantastiques " ; déjà se profile à l'horizon d'autres épopées fantastiques telles que REX WARRIOR, APOCALYPSE et LE COMBAT DU PAPILLON,
- HERVé - après IAN PIETROVITCH, l'homme qui sauva l'humanité - non content de vous proposer tous les mois un épisode de sa nouvelle fiction intitulée " PEARL A REBOURS, tout recommence ", planche déjà avec Greg sur un nouveau roman-fiction qu'ils vont écrire à quatre mains : " DE LA PLUME A L'EPEE ",
- ISABELLE, entre vaudeville et auto-fiction, planche sur un nouveau recueil de nouvelles : CONTES DE L'AMOUR ORDINAIRE,
- XAVIER (auteur d'un premier tome de la trilogie : " ON Y VOIT TOUT... de l'autre côté du miroir ", roman épique dans lequel la lecture originelle des Ménines de Velàzquez est enfin dévoilée) planche toujours sur son prochain roman fantastique " T COMME TANTALE ".
&
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