11 septembre 2007
LES AMANTS (1)
Elle finissait de prendre sa douche. On percevait encore dans la petite salle de bain, plongée dans l'humidité brumeuse du jet d'eau chaude, des émanations de sexe. Ils avaient fait l'amour dans chaque endroit de la chambre d'hôtel, et dans cette salle d'eau aussi, sous la douche. Elle lui avait demandé de sortir, pour se retrouver un peu seule. Elle avait pris une longue et chaude douche, essayant en vain de se remettre les idées en place. Elle désirait tellement penser à autre chose qu'à ce qu'ils avaient fait toute la journée dans cette sordide chambre d'hôtel. Pourtant elle avait aimé ; l'hôtel, faire l'amour, rester au creux de son épaule durant quelques minutes qu'elle aurait voulu éternelles. Mais elle se résignait à retomber dans la réalité alors qu'ils ne s'étaient pas encore quittés. Elle sortit de la douche et enroula autour de son corps une serviette. Il entra. Sans prévenir, comme ça.
- Tu pourrais frapper ! Lui dit-elle
- Je t'ai déjà vue nue.
Son regard le fixa, sans réelle émotion. Elle le trouvait beau.
- Tu es belle.
- ...
Elle n'aimait pas les compliments, et encore moins les siens. Elle sentait qu'il désirait quelque chose, qu'elle n'était certainement en mesure de lui donner.
- Je ne connais même pas ton nom de famille...
- Tu recommences avec cette histoire ?!
- Il faut dire que tu ne m'as jamais répondu lorsque je te le demandais.
- Ca n'a aucun intêret que tu le saches ! Répondit-elle en se démêlant les cheveux.
Elle se tourna face à lui, et ses yeux accrochés aux siens, elle lança dans l'air de la minuscule pièce une phrase tranchante, le piquant au vif :
- Tu ne comptes pas vivre avec moi que je sache, alors ça ne t'apporterait rien d'autre que de satisfaire ta curiosité de connaître ce genre de détails.
- Ce serait déjà ça !
- Tu fais une histoire pour rien. Tu connais tout ce que tu as à connaître sur moi.
Un silence s'installa. Il restait là, à la regarder se préparer. Elle accrocha son soutien-gorge, se passa du lait de toilette sur le corps, enfila sa culotte.
- Tu as rendez-vous après ?
- Oui.
- Qui ?
- Tu t'intéresses à trop de choses. Je ne te demande pas ce que tu feras en rentrant chez ta femme !
- Touché. Mais je suis curieux.
- J'ai remarqué.
- Ca fait combien de temps que l'on se connait maintenant ? Deux ans, peut-être un peu plus ? Et je connais si peu de choses sur ta vie, sur toi.
- Tu sais l'essentiel, le reste me regarde, et moi seule. Tu es en parallèle de ma vie, comme je suis en parallèle de la tienne. Les moments que nous passons ensemble restent éphémères et si rares, qu'attends-tu de plus en sachant des choses qui te rapprocheraient de moi ? Ce lien qui nous unit est plus important que des réponses à des questions aussi futiles que connaître mon nom de famille, ou savoir avec qui je sors.
C'était certainement la phrase la plus longue qu'elle avait prononcée depuis quelques heures. Elle parlait peu en fin de compte, et c'est ce qu'il aimait aussi chez elle. Cette faculté de poser les mots justes au moment voulu. Quand elle parlait, ses mots résonnaient en lui. Sa voix le faisait chavirer entre le désir et l'émotion. Il aimait cette façon qu'elle avait de le regarder en parlant, quand elle jetait son regard sur lui mi-furieuse, mi-taquine.
Texte d'Ambre Benès & Illustration de Xavier d'Hérouville
12:00 Publié dans AMANTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amants, love-fiction, texte, ambre benès, illustration, xavier d'hérouville





















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