11 septembre 2007

LES AMANTS (3)

 

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- Pourquoi tu compliques toujours tout ? implora-t-elle.

- Je... je ne sais pas. Tu vas passer cette porte, et je ne saurais plus rien de ce que tu fais, de qui sont tes amis, des lieux que tu fréquentes. quand on se quitte, j'ai l'impression que tu m'échappes.

- Je t'échappe en effet, et ça renforce notre amour, non ? Je sais que tu penseras à moi quand je serai loin.

- Mais rien ne me prouve que toi tu penses à moi !

- Je suis toujours disponible quand tu as le temps de me voir. Je réponds à tes appels, à tes messages, à tes envies, à tes désirs. Tu veux quoi de plus comme preuves ? Je t'aime et tu le sais. Si tu souffres on arrête tout maintenant, ça fait parti du contrat. Je dois vraiment partir...

- NON ! Reste avec moi jusqu'à ce soir. S'il te plaît. j'ai besoin de toi.

- Arrête. Tu n'as pas besoin de moi ! Maintenant je commence à perdre patience, je dois vraiment partir, j'ai rendez-vous et je ne tiens pas à être en retard !

Il s'écarta de la porte, elle l'ouvrit à la volée, retrouvant un espace plus décent à leur dispute. Elle regroupa ses affaires qui traînaient encore dans la chambre et les rangea dans son sac. Elle mit ses chaussures, sa veste et prit son sac.

- Ecoute. Ca devient peut-être un peu trop compliqué. Les sentiments commencent à nous étouffer et si tu te mets à angoisser sur ce que je fais et avec qui, tu va perdre pied. Je sais que j'essaie de prendre du recul, mais je fais semblant. Je n'ai pas ton courage pour affronter ce que je ressens et pour le faire sortir. tout me brûle à l'intérieur, tout se mélange dès que je pense à toi et rien n'est plus contrôlable, rien n'est plus raisonnable. Je prends terriblement sur moi pour ravaler ce que tu es pour moi et ce que es pour moi et ce que je désire au plus profond de mon coeur. Mais nous sommes ainsi, nous nous posons des milliers de questions et nous aimons ça. Nous cherchons à souffrir alors que le bonheur est certainement beaucoup plus appréciable. Nous sommes pareils toi et moi, sauf que là, devant toi, je joue un rôle. Je fais semblant. Je souffre de ne pas t'avoir à mes côtés. Je souffre que ce soit une autre qui partage ta vie. Je ne te demanderai jamais de faire un choix, parce qu'une fois que tu auras choisi, si par chance c'est avec moi que tu souhaites continuer à avancer, les choses ne seront plus jamais comme maintenant entre nous. C'est ça que nous aimons. C'est cette relation, et je suis persuadée que toute autre situation ne nous comblerait pas autant, et qu'au final tu reprendrais une maîtresse et moi un amant. Ce cercle vicieux recommencerait et ne finrait jamais.

- Tu te trompes sur un point. Ce qui se passe entre nous arrive peu de fois dans la vie et je crois que rare sont les personnes qui peuvent se vanter de ressentir ce que nous ressentons l'un pour l'autre. Parce qu'au-delà des sentiments qui nous unissent il y a quelques chose de plus spirituel, de plus surnaturel ou métaphysique...

- Synchronitique... l'interrompit-elle.

- Oui ! Nous sommes les fruits de la synchronicité, nous en sommes même à l'origine !

- Tu vois, tu me rejoins. Nous nous appartenons dans notre non-appartenance. Nous nous sommes fidèles dans notre infidélité et c'est pour cela que notre histoire ne s'éteindra jamais.

Il s'approcha d'elle et prit son visage délicatement entre ses mains :

- Parfois il me semble que tu descends du ciel, que tu es un ange... Mon ange.

Elle enfouie sa tête dans son cou et ajouta :

- Tu connais l'histoire du Bachert ? Cet être biblique, créé par Dieu avant tout autre. Une créature à quatre bras, quatre jambes et deux têtes que Dieu aurait punie en la séparant en deux moitié, une féminine et une masculine, et depuis chaque moitié est à la recherche de l'autre, car leurs âmes sont liées l'une à l'autre ainsi que leurs corps. Je suis certaine que nous sommes une de ces créatures. C'est pour cette raison que nous ne nous perdons pas, contrairement à une histoire banale, nous ne pouvons pas nous quitter. Nous ne connaissons que les bons côtés chez l'autre. Notre histoire singulière est éternelle et c'est cela sa beauté. Je n'aimerai personne autant que toi. Tu es incrusté en moi, gravé sur chaque partie de mon corps et de mon âme. Tes craintes sont tellement injustifiées...

- Il est temps que je te laisse partir à présent.

- Oui, il vaut mieux.

 

 

FIN

 

 

 

Texte d'Ambre Benès & Illustration de Xavier d'Hérouville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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