17 décembre 2008

LE SONGE DES ECUREUILS (1)

 

& OU QUE TU SOIS.jpg

 

CHAPITRE 1

 

Only You

 

 

- Allez, dis-moi où on va ? répéta Catherine, suppliante.

 

Elle était allongée sur le sofa, ses longs cheveux noirs se déversant jusqu’au sol telle une cascade de soie. David les caressait avec religion. Penché au-dessus d’elle, il contemplait son visage comme pour la première fois. Ce n’était pas simplement dû à sa beauté. Son regard trahissait une vive intelligence, une rare bonté d’âme et une douceur à fleur de peau.

 

- Ce n’est plus une surprise, si je te le dis.

 

- Mais tu sais très bien que c’est moi qui conduirai.

 

- N’empêche que je ne dirai rien quand même.

 

Ils étaient coutumiers de ces petites joutes verbales. Comme tous les couples, ils se chamaillaient régulièrement, surtout pour des broutilles, alors ils appréciaient particulièrement de les inventer de toutes pièces. Ainsi, ils s’en sentaient maîtres et pouvaient leur donner la forme qu’ils souhaitaient les voir prendre; une forme de liberté.

Catherine fronça les sourcils, mimant une contrariété.

 

- Je ne suis pas bête. Je verrai les panneaux. Je trouverai bien.

 

David leva un sourcil, feignant l’indifférence.

 

- Peuh. Ce ne sera sûrement pas indiqué. Tu peux me croire, notre destination demeurera secrète jusqu’au bout. Tu sauras où on va que quand on y sera, ma chère.

 

Elle fit la moue.

 

- C’est un patelin paumé ou quoi ?

 

David prit un air de supériorité exagéré.

 

- Tu verras.

 

- Ca existe, au moins ? J’espère que ce n’est pas encore une de tes inventions, genre la ville imaginaire de trou perdu-les oubliettes.

 

- C’est très réel, tu verras par toi-même. Et puis d’abord, la réalité ça n’existe que pour ceux qui n’ont pas d’imagination.

Catherine siffla.

 

- Faudra que je la replace celle-là. Mais, dis-moi, je dois le prendre comment ? T’es en train de dire que je n’ai aucune imagination, c’est ça ?

 

De la voir singer la colère la rendait irrésistible. David l’embrassa.

 

- Mais non. J’adore cette phrase, je trouve qu’elle en jette. Alors dès que je peux la placer, je n’hésite pas. Tu me connaîs.

Catherine eut l’air dubitatif.

 

- Je suis sceptique. Fais-toi pardonner.

 

- Ca tombe bien, dit-il en lui caressant le visage, j’ai quelque chose à te dire qui va sûrement te plaire.

 

- Si c’est une phrase du même acabit, tu peux te la garder.

 

- Mais non, grande râleuse. Celle-là, tu vas l’adorer, je te le garantis.

 

- Vas-y, alors. Je suis tout ouïe.

 

David bougea légèrement comme pour mieux se préparer à la convaincre.

 

- Quelle est la différence entre un homme et une femme ?

 

Catherine pouffa.

 

- Alors là, c’est facile. Au moins un million d’années d’évolution.

 

David pinça les lèvres, singeant la contrariété.

 

- C’est la féministe qui parle ?

 

- Non, juste la scientifique.

 

- En tout cas, ce n’est pas la bonne réponse.

 

- Ca m’étonnerait. J’ai fait des études très poussées.

 

- Et je paris que j’étais un très bon sujet d’études.

 

- Comment tu as deviné ?

 

- De toutes façons, ce n’est pas la bonne réponse.

 

A son tour, elle feignit l’indifférence.

 

- Alors je m’en fiche.

 

- Je te dis qu’elle va te plaire.

 

- Très bien, je t’écoute.

 

- Donnez un fusil à un homme et il vous demandera qui il doit tuer. Donnez ce même fusil à une femme et elle vous demandera qui il a tué.

 

A la manière dont le visage de Catherine reprit son sérieux, David sut que la réponse avait fait plus que lui plaire.

 

- Qui a dit ça ?

 

- C’est le slogan de mon prochain bouquin.

 

- Et c’est moi que tu traites de féministe !

 

Ils s’embrassèrent.

 

Ils étaient enlacés comme des enfants tentent de se réchauffer par une glaciale nuit d’hiver.

 

Mais Catherine et David n’avaient pas besoin d’avoir froid.

 

Catherine appelait ça la position des écureuils. Elle trouvait ça mignon. L’image lui plaisait beaucoup.

 

David, lui, appelait ça la position des musaraignes, sûrement par ironie, surtout par esprit de contradiction.

 

- Pourquoi des écureuils ? Je ne comprends toujours pas.

 

- C’est normal, tu es un homme.

 

- Ah ! Ah ! Très drôle. C’est tout ce que tu as trouvé comme explication ?

 

- Non. C’est beaucoup plus complexe en fait.

 

- Ah, tiens donc !

 

- Et c’est pour ça que tu ne peux pas comprendre.

 

- Je te signale que je ne suis pas un homme.

 

- Ah, bon ! C’est nouveau ça ! Et tu es quoi, au juste ?

 

- Je suis un artiste, madame, déclara David en bombant le torse.

 

- Pour ce que ça change.

 

- Tu n’es vraiment pas gentille.

 

- Et toi pour un artiste, tu manques vraiment d’imagination. Si j’appelle ça la position des écureuils, c’est parce que les écureuils font comme ça pour se réchauffer. Na !

 

- Parce que tu vas me dire que tu as déjà vu des écureuils s’enlacer peut-être !

 

- Non, mais je suis sûre qu’ils font comme nous.

 

- Si ça se trouve, c’est nous qui avons inventé cette position. Si ça se trouve, les écureuils nous l’ont piquée et font croire qu’ils en sont les inventeurs. Au départ, ça s’appelait sûrement la position de Catherine et David.

 

Ils éclatèrent de rire.

 

- A ton tour de te justifier. Pourquoi des musaraignes ? Je ne sais même pas à quoi ça ressemble vraiment.

 

- C’est une sorte de petit rongeur. Un peu comme un écureuil, en fait, très mignon aussi.

 

- Et tu vas prétendre avoir déjà vu des musaraignes s’enlacer alors que le commun des mortels n’en verra jamais la queue d’une !

 

- Bien sûr, je suis un artiste. J’ai tout vu.

 

- Quelle déception ! Moi qui croyais que tu avais simplement de l’inspiration. En fait, tu viens d’avouer que tu n’as aucun mérite. Tu n’inventes rien. La vérité, c’est que tu n’as aucune imagination.

 

- Je n’en ai pas besoin. Je t’ai, toi.

 

- Oui, moi, ta musaraigne.

 

- Non, ma muse tout court.

 

Ils s’embrassèrent.

 

- Alors où tu m’emmènes ?

 

- Tu perds pas le nord, toi ! Oublie ça, je ne te dirai rien.

 

- Même pas sous la torture ?

 

- Non.

 

- Même pas sous mes caresses ?

 

David allait répondre quelque chose, mais son assurance venait d’être subitement ébranlée.

 

- Faut voir.

 

 

(Lire la suite ?)

 

 

Texte & Illustration de Greg Armatory

 

 

 

 

 

 

 

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