17 décembre 2008

LE SONGE DES ECUREUILS (2)

 

& OU QUE TU SOIS.jpg


 

 

CHAPITRE 2

 

Unintended

 

 

 

- Tu es sûr que c’est par là ?

 

- Bah oui, je sais lire une carte.

 

- Une carte de vœux, peut-être…

 

- Tu m’insultes là ?

 

Elle le dévisagea franchement.

 

- Non, je t’informe, c’est tout.

 

A son tour, il la scruta intensément, quêtant un trait d’ironie. N’en trouvant aucun, il commença à grimacer.

 

Ils éclatèrent de rire tous les deux

 

La voiture empruntait une route déserte traversant une forêt.

 

- Mets-nous un peu de musique.

 

Il alluma l’autoradio.

 

- A vos ordres.

 

Il chercha une station, guettant à chaque fois une réaction positive.

 

Il avait presque fait le tour des possibilités lorsque les premières mesures d’une chanson envahirent l’habitacle. Ils se figèrent au même moment et immédiatement le même frisson les parcourut des pieds à la tête.

Ils se dévisagèrent. C’était  Unintended de Muse.

Tous les couples ont une chanson. Celle-ci était la leur.

Elle avait le don de les guérir de tout, de sublimer l’un aux yeux de l’autre, comme écrite pour eux. Lorsqu’ils l’entendaient, leur amour prenait la place du monde entier.

Tout à leur émotion, ils ne virent pas le croisement, pas plus que le poids lourd venant dans leur direction.

Il les heurta de plein fouet.

La voiture quitta la route et roula sous les arbres comme un jouet fou. Lorsqu’elle s’immobilisa, leur chanson se faisait toujours entendre, en dépit de tout, comme se riant de la tragédie.

Catherine essaya de bouger. Elle avait du sang sur les yeux et sa tête pesait aussi lourd qu’une enclume. Sous le choc, sa portière s’était ouverte. Elle se tourna vers David.

Il était inconscient.

La voiture avait arrêté sa course folle contre un arbre au milieu d’un talus, en pleine forêt. La vitre du côté passager s’était brisée si bien que la tête de David était appuyée à même l’écorce.

 

- David.

 

Pas de réponse.

 

Il fallait qu’ils sortent de là pendant qu’ils le pouvaient encore.

Catherine allait défaire sa ceinture lorsqu’elle entendit un craquement de sinistre augure. D’un revers de main, elle essuya le sang qui lui obscurcissait la vue et plissant les yeux, s’aperçut avec horreur que le tronc d’arbre était sur le point de céder. Si cela se produisait, ils perdaient leur seule chance de s’en sortir vivants. Elle en était convaincue. Toute l’étendue de son angoisse s’exprima dans un seul mot :

 

- David !

 

Seul le silence lui répondit.

Catherine s’escrima à défaire sa ceinture, les craquements de l’écorce accompagnant ses efforts, les décuplant. La chanson continuait, imperturbable :

 

“You could be my unintended

Choice to live my life extended

You should be the one I’ll always love…”

 

Brusquement, les craquements cessèrent.

Catherine se figea. Elle tourna la tête vers l’arbre, seul rempart entre eux et la mort qui les attendait en bas de la pente. Lorsqu’elle comprit qu’il allait céder, elle n’eut d’yeux que pour l’homme inerte, assis à côté d’elle, avec lequel elle avait pensé finir ses jours.

 

- David !

 

Elle ne trouva rien d’autre à faire que refermer sa portière et fermer les yeux.

Mais ce n’était pas un simple tour de montagnes russes qui les attendait.

Le tronc se déchira et dans le silence qui s’était installé, cela fit l’effet d’une explosion.

La voiture se remit à rouler dans un chaos indescriptible de tôle froissée, les arbres se renvoyant le véhicule comme une balle de flipper. La dernière pensée de Catherine, avant que son esprit ne sombre dans le néant, fut qu’elle ignorerait pour toujours où David avait prévu de les conduire.

La carcasse s’arrêta au bord d’une rivière, en contrebas.

La chanson se tut brusquement comme si elle avait compris qu’elle ne servait plus à rien.

 

 

(Lire la suite ?)

 

 

Texte & Illustration de Greg Armatory

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11:20 Publié dans LE SONGE | Lien permanent | Envoyer cette note

Les commentaires sont fermés.