05 avril 2010

LES MENINES (1)

 

ou

L’Art conceptuel du peintre des peintres


 

IMG le tableau dans le tableau n&b.jpg

 

 

Que les puristes lacaniens me pardonnent d’avoir pris la liberté de chahuter quelque peu le discours du maître du structuralisme… Je pense au final ne pas avoir trahi sa pensée, mais bien au contraire y avoir apporté un éclairage nouveau dont se dégage un souffle définitivement visionnaire et structurant.

 

Dix-huit mai dix-neuf cent soixante-six. Vingt-et-une heure. Hôpital Sainte-Anne. Paris. Une bonne centaine d’affidés sont réunis dans l’amphithéâtre de la chaire de neuropsychiatrie. La plupart ont rejoint deux ans plus tôt l’Association psychanalytique de France, noyau dur de l’Ecole française de psychanalyse (future Ecole freudienne de Paris). Toujours aussi ponctuel, arrive alors l’homme tant attendu. La soixantaine grisonnante. Chevelure permanentée à la Henri Chapier. Lunaire. L’air goguenard. Yeux sombres, sourcils épais, à peine cachés derrière la vitrine de ses lunettes. Col mao, nœud papillon et veste en tweed oblige. Une odeur de havane persistante signe le passage de cet infulaphile éclairé. Ce personnage haut en couleurs et au physique reconnaissable entre mille, se nomme Jacques Lacan. Depuis deux ans, il préside seul contre tous les séminaires de la toute nouvelle Ecole française de psychanalyse. Il vient de publier ses Ecrits aux éditions du Seuil. Ouvrage qui lui vaut en cette année dix-neuf-cent-soixante-six une célébrité qui a su - ô combien - se faire désirer. Mais après tout, le désir n’est-il pas un des piliers fondateurs de l’enseignement psychanalytique ? Quoiqu’il en soit, Jacques Lacan fait dorénavant parti des ténors du structuralisme, courant des sciences humaines inspiré du modèle linguistique de Ferdinand Saussure. Le structuralisme appréhende la réalité sociale comme un ensemble formel de relations dans lequel chacun des éléments n’est définissable que par les relations d’équivalence (similitudes) ou d’opposition qu’il entretient avec les autres. Cet ensemble de relations forme un système ou structure. Aux côtés de Jacques Lacan, se trouvent - entre autres - Claude Levis Strauss figure de tête de l’anthropologie, Roland Barthes figure de la sémiologie et Michel Foucault figure de la philosophie. La centaine d’affidés présents dans l’amphithéâtre ce soir-là sont pour la grande majorité de très jeunes étudiants. Ils imitent - pour ne pas dire : ils singent - le style du maître, s’habillent comme lui et parlent comme lui. Il y a dorénavant la psychanalyse lacanienne avec ses séances courtes, mais aussi la Lancan’s fashion attitude. On peut parler à cette époque d’une véritable autocratie.

C’est donc dans ce contexte pré-soixante-huitard qu’en ce dix-huit mai dix-neuf-cent-soixante-six, Jacques Lacan prend la parole devant un auditoire entièrement acquis à sa cause :

- Je reviendrais aujourd’hui encore sur ce support tout à fait admirable que nous a donné Les Ménines... Mais je voudrais tout d’abord saluer parmi nous la présence de Michel Foucault qui me fait le grand honneur de venir à ce séminaire…

Michel Foucault. La quarantaine rayonnante. Boule à zéro. Solaire. Un sourire à décrocher la lune. Yeux pétillants. Lunettes à grosses montures noires. Col roulé et blouson en cuir de rigueur. Invité surprise de Jacques Lacan, il est loin d’être là par hasard. Il vient en effet de publier Les Mots et les choses : une archéologie des sciences humaines aux éditions Gallimard. Immense succès. Le premier chapitre de son ouvrage - Les Suivantes - s’ouvre sur une description magistrale du chef-d’œuvre de Diego Vélasquez : La Famille de Philippe IV, plus communément appelé Les Ménines !

La confrontation des deux maîtres du structuralisme - l’un représentant la pensée psychanalytique contemporaine, l’autre celle de la philosophie - s’annonce comme une joute oratoire titanesque. Le combat des chefs. Tiff contre Tondu. Le surréaliste contre le constructiviste. Lacan contre Foucault. Quelle affiche ! En cette belle soirée du mois de mai dix-neuf cent soixante-six, on peut dire sans trahir la réalité que le Soleil a rendez-vous avec la Lune dans toute son acception métaphysique. Après les trois coups d’annonce du toujours très théâtral Jacques Lacan, le rideau s’ouvre sur le premier acte.

 

 

ACTE I : LES SUIVANTES

ou

les représentants du monde des représentations,

selon Michel Foucault

 

(Lire la suite ?)

 

 

 

Texte & Illustrations de Xavier de Harlay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


13:49 Publié dans VOIR | Lien permanent | Envoyer cette note

Les commentaires sont fermés.