05 avril 2010

LES MENINES (2)

 

ou

L’Art conceptuel du peintre des peintres

 

 

IMG le tableau dans le tableau n&b.jpg

 

 

ACTE I : LES SUIVANTES

ou

les représentants du monde des représentations,

selon Michel Foucault

 

Lors de son précédent séminaire - le onze mai dix-neuf cent soixante six - Jacques Lacan, déjà, évoquait l’analyse des Ménines proposée par Michel Foucault dans Les Mots et les choses. Les Ménines de Vélasquez comme support iconographique de son cycle d’étude sur la remise en question du statut de l’objet par l’expérience analytique.

S’appuyant sur les lois de la construction perspective élaborées par les maîtres de la Renaissance, Jacques Lacan entend ainsi illustrer le rapport de la division du sujet à ce qui spécifie - dans l’expérience analytique  -  la relation proprement visuelle du monde, à savoir un certain objet petit «  a » :

-          Cet objet petit « a » que j’ai distingué du champ de la vision comme étant la fonction du regard, comment ceci peut-il s’organiser dans l’expérience - l’expérience structurale - pour autant qu’elle instaure un certain type de pensée dans la géométrie, pour autant qu’elle est rendue sensible dans tout le fonctionnement de l’art, et spécialement de la peinture.

Après avoir exposé - référence faite aux écrits d’Erwin Panofsky - les notions de point de fuite et de ligne d’horizon, premier pas de toute construction perspective, Jacques Lacan poursuit plus avant :

-          À ceci, vous ai-je dit la dernière fois, tous ceux qui ont étudié la perspective ajoutent ce qu’ils appellent « l’autre œil », à savoir l’incidence dans la perspective de la distance de ce point S (point Sujet) au plan du tableau… Cette distance est arbitraire, elle est au choix de celui qui fait le tableau…  Est-ce à dire que du point de vue de la structure du sujet - en tant que le sujet est le sujet du regard, qu’il est le sujet d’un monde vu - est-ce à dire que nous pouvons négliger cette partie du sujet, qu’elle ne nous apparaisse qu’en une fonction d’artifice… Alors que la ligne d’horizon est structurale, que le fait que le choix de la distance librement est laissée à mon choix - moi qui regarde - je puisse dire qu’il n’y a là qu’artifice de l’artiste, que c’est à la distance où je me mets mentalement de tel ou tel plan, que je choisis dans la profondeur du tableau, que ceci  soit en quelque sorte caduc et secondaire, et non pas structural… Ce second point dans la perspective se définit de la remarque que quelle que soit la distance du sujet provisoire - du point S qui est justement ce que nous avons à mettre en suspens (parce que caduc et secondaire, et non pas structural) et voir comment il rentre dans le tableau - que quelle que soit la distance de ce sujet au tableau, il y a quelque chose qui est simplement « l’entre-lui-et-le-tableau »…  C’est là que nous devons trouver, non pas « l’autre œil » comme disent «  les auteurs de perspective », mais «  l’autre sujet » !

Dans l’amphithéâtre, quelques murmures discrets témoignent d’une certaine incompréhension face au discours lacanien pour le moins hermétique. Il y a plusieurs manières de ne pas comprendre. Il y a une manière - que la plupart adoptent pour se rassurer - qui est de ressortir du séminaire en disant à son plus proche voisin : « Je n’ai rien compris du tout, mon vieux ! Et toi, tu as compris quelque chose ? », « Moi non plus ! », dit l’autre. Eh puis on en reste là. L’autre manière - que seuls les plus pragmatiques pratiquent - est de se mettre devant une feuille de papier et d’essayer de se faire un petit graphe à soi… un petit schéma à soi :

 

IMG 1 n&b.jpg

 

-          Ce sujet divisé est soutenu par une monture commune : l’objet petit «  a  », poursuit toujours aussi théâtral mais néanmoins magistral Jacques Lacan, l’objet petit «  a  » c’est ce qui supporte ce point S, ce que j’ai ici figuré par la menée de ce plan parallèle (entendez plan géométral ou sol perspectif)… ce qui est élidé 1, c’est la fenêtre dans le rapport scopique de ce sujet au point S… Dans ce mur il faut qu’il  y ait une ouverture, une fente, une vue, un regard. C’est en tant que la fenêtre - dans le rapport du regard au monde vu - est toujours ce qui est élidé, que nous pouvons nous représenter la fonction de l’objet petit «  a  » ; la fenêtre, c'est-à-dire aussi bien la fente des paupières, c'est-à-dire aussi bien l’entrée de la pupille, c'est-à-dire aussi bien ce qui constitue cet objet le plus primitif de tout ce qui est de la vision : la chambre noire !

 

(Lire la suite ?)

 

 

 

 

Texte & Illustrations de Xavier de Harlay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13:30 Publié dans VOIR | Lien permanent | Envoyer cette note

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