17 décembre 2008

NOYADE A VENISE (4)

 

& VENISE aplati 8 copie b.jpgIl est vingt heures, la nuit est déjà tombée et les derniers visiteurs regagnent le quai. Je suis restée un peu à l’écart. Au moment de tourner les talons vers la sortie, la voix de Benvencito me rappelle. Son geste qui suit m’invite à le suivre derrière le four, dans un recoin rempli d’étagères sur lesquelles dorment des objets « ratés » invendables et quelques créations insolites. Surprise d’être interpelée par ce maître verrier croisé deux ou trois fois, avec lequel le seul échange fut un sourire, je me demande bien ce qu’il veut me vendre !... ou bien a-t-il – ce serait contrariant – d’autres intentions ? Ce qui suit me fera regretter mon injuste méfiance.


D’une étagère, il extrait un petit paquet. Le papier garance est chiffonné, on devine qu’il a déjà servi. Il me tend le mystérieux présent en me lançant un clin d’oeil...


Le presse-papier que je découvre m’arrache des larmes. Pour la première fois de ma vie, je ne sais plus s’il s’agit de bonheur ou de tristesse.


Au beau milieu du liquide amniotique de silice, « ma » coccinelle, royale de beauté, trône au milieu des fleurs. Figée par une curieuse cryo-génie, Théa a choisi l’immortalité. Restait-elle l’erreur du verrier, avait-elle choisi son destin ?... L’ « écarlate  » semblait jouir de l’instant de sa capture... ou de sa liberté. Noyade dans la pâte en fusion. Pas de transparence dans les petits yeux de la dernière coccinelle, mais la posture attirait le respect. Elle était en extase. Et qu’est-ce que l’extase sinon l’orgasme de l’âme...

Au moment où j’allais remercier Benvencito, il posa sur ses lèvres un « chut » qui m’interdit le moindre mot. Il eut été impudique de briser le mystère...


L’avion du retour qui survolait Venise prit de l’altitude et je me trouvai rapidement au-dessus des nuages. Un rayon de soleil frappa le hublot près duquel j’étais assise. Alors, je sortis ma boule imparfaite, mon presse-papier-fossile. La lumière inonda ma « caterineta ». Portée par une euphorie incroyable, je captais la présence Divine à travers ma petite bête.

 

 

Fin

 

 

Texte d'Isabelle de Saint Loup & Illustration de Denis Joye

 

 

CETTE NOUVELLE EST EXTRAITE DES CONTES DE L'AMOUR ORDINAIRE

PARU LE 20 MARS 2009 AUX EDITIONS LITT&GRAPHIE

ISBN 978-2-9527725-4-9

 

CONTES DE L'AMOUR ORDINAIRE Couverture seule bd.jpg





 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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